Image shows Ontario Premier Doug Ford standing in front of a podium, smiling into the mic and gesturing with his left hand outwards. The podium reads "Back to work, back to life"

(Dans le document ci-dessous, la plupart des liens sont en anglais seulement)

Les mots sont importants.

Récemment, Christine Elliott, ministre de la Santé, a annoncé l’augmentation du nombre d’hôpitaux privés en Ontario. Vous n’avez pas vu ça passer? Nous sommes nombreux à ne pas l’avoir vu, possiblement en raison des mots qu’elle a choisis : « Nous pouvons permettre à des établissements de santé indépendants d’exploiter des hôpitaux privés ».

Cette référence désinvolte aux « établissements de santé indépendants » sonne beaucoup mieux que ceci :

« Nous octroierons des fonds publics à des hôpitaux et des cliniques privés à but lucratif, en sachant que ces établissements privés sont associés à des soins de moindre qualité, des coûts plus élevés et plus de décès. »

Mais si elle avait dit ça, on aurait pu questionner Mme Elliott au sujet de la Loi sur les hôpitaux privés, qui a interdit tout nouvel hôpital privé en Ontario en 1973. Ou encore au sujet de la Loi canadienne sur la santé, qui interdit la surfacturation pour des services nécessaires, pratique qui est néanmoins régulièrement enfreinte dans les cliniques privées.

Après que la Coalition ontarienne de la santé eût soulevé ce coup de théâtre, le premier ministre Doug Ford a commencé à faire furieusement marche arrière, affirmant que ce qui a été enregistré était inexact. Mais ce n’était pas la première déclaration quant à l’intention de Doug Ford de privatiser les services hospitaliers publics – son plan de réponse à la COVID avait également annoncé que des « solutions novatrices », comme des « établissements de santé autres », fourniraient des services de chirurgie et d’imagerie diagnostic supplémentaires.

Encore une fois, les mots sont importants. Ce que stipulait le plan : des solutions novatrices et des établissements de santé autres.

Ce que cela signifie : des cliniques et des hôpitaux à but lucratif.

Tous ces euphémismes suggèrent que le premier ministre trouve difficile d’affirmer que le secteur privé fait mieux les choses, possiblement parce qu’il ne le fait pratiquement jamais. Pendant la COVID, de nombreux Ontariens ont regardé avec horreur alors que les décès dans les foyers de soins de longue durée à but lucratif étaient cinq fois plus nombreux que dans les foyers publics  – alors que les profits des directeurs généraux des entreprises et des actionnaires s’accumulaient.

Doug Ford se met en position de sauveur de l’Ontario, affirmant accroître le nombre d’hôpitaux privés – oups, d’établissements de santé autres – afin de rattraper les retards, employant la fiction populaire que les soins de santé privés réduisent les temps d’attente. Soyons clair : les soins de santé privés ne réduisent pas les temps d’attente. Et les retards eux-mêmes ont été créés par la rationalisation incessante dans les hôpitaux publics : des fermetures de salles d’opération et des manques de personnel, y compris le traitement effroyable des infirmiers par Doug Ford qui a entraîné un exode de la profession.

Le programme de privatisation de Doug Ford fait suite à la stratégie standard  : Retirer le financement. Éliminer. Détruire. Dès que les services publics privés de ressources ne fonctionnent plus correctement, répondre à la colère de la population — puis transférer le risque au secteur privé. L’Ontario a maintenant le taux de financement des soins de santé et des hôpitaux le plus bas par habitant et le moins grand nombre de lits d’hôpitaux et d’infirmiers de toutes les provinces. Toutefois, les revenus provinciaux sont de 19,5 milliards de dollars plus élevés que ce qui avait été estimé il y a un an, offrant suffisamment d’argent pour dépenser sur les services publics, si la volonté y était.

Encore pire, un autre coût est associé aux hôpitaux privés : des soins très médiocres et des taux de décès plus élevés. Sans surprise, Doug Ford est ouvertement réticent à affirmer ceci ouvertement : « Dans les hôpitaux privés, vous serez plus nombreux à mourir. » Mais une analyse de plus de 26 000 hôpitaux et 38 millions de patients a conclu que, comparativement aux hôpitaux sans but lucratif, les soins dans les hôpitaux privés comportent un risque considérablement accru de décès. C’est également vrai pour les cliniques d’hémodialyse à but lucratif privées.

Dans ces deux types d’établissements, les profits éclipsent les normes de soins. Les hôpitaux privés emploient moins de personnel qualifié, une pratique fortement associée à la mortalité en milieu hospitalier. Les cliniques privées d’hémodialyse embauchent des techniciens plutôt que des infirmiers, utilisent (et souvent réutilisent) de l’équipement à usage unique et font des profits en raccourcissant les temps de dialysece qui est associé à un taux de mortalité plus élevé.

Vous pensez que cela ne peut pas se produire au Canada? Dans des cliniques privées de la douleur et de coloscopie de l’Ontario, de nombreuses normes de sécurité insuffisantes et une série de désastres médicaux et chirurgicaux – y compris des complications permanentes qui ont mis des vies en danger – n’ont pas été rapportées pendant des années avant que le Toronto Star ne les expose.

Entre-temps, Doug Ford privatise en douce plus de 18 000 lits de soins de longue durée et les soins à domicile. En pleine pandémie, il a privatisé la vaccination et le dépistage de la COVID. À l’aube d’une élection, il pourrait minimiser les plans pour la privatisation des hôpitaux. Mais c’est son bilan, non pas les mots qu’il utilise, qui compte.

Et en parlant encore une fois de mots, Doug Ford aime faire campagne avec le slogan « Pour le peuple ». Mais le peuple mérite d’avoir une preuve irréfutable : les hôpitaux et les cliniques à but lucratif entraînent les pires résultats sur la santé, une plus grande souffrance et des décès évitables – et ils profitent seulement aux riches.

Lors de ces élections, « Pour certains, mais pas pour vous », sont les mots qui comptent.

La docteure Nancy Olivieri est médecin et professeure à l’Université de Toronto. Michael Hurley est le président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario et membre du Conseil exécutif national du SCFP. Natalie Mehra est la directrice générale de la Coalition ontarienne de la santé.

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