Chers camarades, chères sœurs et chers frères,
Nous sommes nombreux à connaître l’histoire de ce syndicaliste : un travailleur est victime d’intimidation de la part d’un employeur ou est témoin d’actes d’intimidation envers un collègue et décide de se joindre à d’autres, soit en créant un syndicat, soit en s’impliquant dans celui qui existe déjà.
Nous savons que l’union fait la force et qu’elle est le seul moyen de faire face à un tyran, c’est-à-dire à quelqu’un qui utilise son pouvoir pour intimider, exploiter ou nuire à ceux qu’il considère comme faibles, vulnérables ou simplement différents. Que ce tyran soit un supérieur hiérarchique, une personnalité politique influente ou un enfant dans une cour de récréation, la solidarité a toujours été la clé de la résistance.
Je le sais parce que j’ai été confronté à tous ces intimidateurs dans ma vie.
Alors que 2026 marquera ma vingtième année en tant que dirigeant élu du SCFP Ontario, je réfléchis à ce que nous avons construit ensemble et à la façon dont notre force collective a non seulement renforcé notre syndicat, mais m’a également soutenue personnellement.
J’ai été élu pour la première fois au conseil exécutif du SCFP Ontario en 1998. Ma section locale avait fait grève l’année précédente, devenant ainsi la première section locale du SCFP à s’opposer aux coupes budgétaires du conservateur Mike Harris. J’avais 29 ans, j’étais président par intérim d’une section locale de 1 200 travailleurs des services sociaux et je faisais face à un employeur déterminé à supprimer plus de 30 dispositions de notre convention collective. Je ne savais rien de la conduite d’une grève, mais je savais une chose : la tentative de notre employeur et des conservateurs de Harris de nous priver des acquis durement gagnés par les travailleurs était injustifiée. Et je savais que la détermination de nos membres à rester unis était inébranlable. Trois mois de solidarité sans faille sur les piquets de grève ont permis de rejeter toutes les concessions. Cette grève, menée en majorité par des femmes et des travailleurs racialisés, a façonné mon syndicalisme et m’a poussé à m’engager davantage dans notre syndicat.
J’ai ensuite occupé les fonctions de membre à titre personnel et de vice-président du conseil d’administration du SCFP Ontario, et en 2006, j’ai été élue secrétaire-trésorier, devenant ainsi le premier travailleur des services sociaux et le premier dirigeant ouvertement gay de notre syndicat.
En tant que trésorier, aux côtés du président de l’époque, Sid Ryan, je suis fier des changements durables que j’ai pu mettre en œuvre et qui ont été adoptés par les membres du SCFP Ontario. Nous sommes passés d’un système de cotisations forfaitaires à un modèle basé sur un pourcentage, assurant ainsi l’avenir financier du SCFP Ontario. Nous avons introduit pour la première fois dans notre histoire des pratiques comptables transparentes et des audits indépendants. Et nous avons renforcé notre capacité à mener des actions politiques et des campagnes en augmentant nos effectifs.
Lorsque Sid a été élu président de la Fédération du travail de l’Ontario en 2009, j’ai été nommé président par intérim par le comité exécutif, puis élu par les membres lors du congrès de mai 2010. À cette époque, je suis devenu le premier président ouvertement gay du SCFP Ontario et le premier dirigeant ouvertement gay d’un grand syndicat au Canada. Je suis fier que cela ne soit plus un événement unique, car de nombreux dirigeants 2SLGBTQ occupent désormais des postes de direction au sein du SCFP et dans l’ensemble du mouvement syndical.
Pendant mon mandat de président, nos membres ont été confrontés à toutes sortes d’intimidateurs : des employeurs exigeant des concessions importantes, des gouvernements imposant des mesures d’austérité pour vider les services publics de leur substance, des intérêts de Bay Street essayant de convaincre les travailleurs d’affaiblir leurs propres pensions, et des premiers ministres qui supprimaient les droits fondamentaux de négociation collective et utilisaient de manière scandaleuse la clause dérogatoire contre les travailleurs de l’éducation du SCFP.
Face à ces attaques, je suis fier d’avoir riposté avec vous dans le cadre de campagnes qui ont contribué à façonner l’histoire et l’avenir de notre syndicat.
Ensemble, nous avons résisté à la privatisation et à la sous-traitance sous toutes leurs formes. Qu’il s’agisse de mener la lutte contre la vente d’Hydro One par les libéraux de Wynne, de soutenir les sections locales municipales qui défendent les services publics d’eau, de gestion des déchets et de recyclage, ou de s’opposer à l’expansion rapide des cliniques de soins de santé privées, le SCFP Ontario est devenu la voix la plus forte de la province en matière de services publics grâce à votre travail.
Nous avons renforcé le soutien aux grèves et affirmé sans équivoque que lorsqu’une grève ou un lock-out est en cours, cela devient la priorité de notre syndicat. Je suis particulièrement fier que nous ayons commencé à reconnaître officiellement les sections locales en grève lors de nos congrès annuels, rendant ainsi hommage publiquement au courage des travailleurs en première ligne. Cela a marqué un changement profond par rapport aux opinions antérieures qui considéraient les grèves comme des échecs. Mes amis, lutter pour la justice n’est jamais un échec.
Tout au long de mon mandat de dirigeant, nous nous sommes également battus sans relâche pour défendre le régime de retraite OMERS. Plus de 160 000 membres du SCFP en Ontario dépendent de ce régime à prestations déterminées, et la protection contre l’inflation et l’indexation sont toujours en place aujourd’hui parce que les membres du SCFP Ontario se sont organisés, ont mobilisé et ont refusé de céder. Ce combat se poursuit alors que nous résistons à la nouvelle ingérence des conservateurs de Ford dans nos salaires différés.
Nous nous sommes opposés au projet de loi 115 des libéraux de McGuinty et au projet de loi 124 de Doug Ford, qui ont tous deux été finalement invalidés par les tribunaux pour violation des droits de négociation collective protégés par la Constitution. Et nous nous sommes tenus aux côtés des travailleurs de l’éducation lorsque Ford a utilisé la clause dérogatoire du projet de loi 28 pour leur retirer leur droit de grève. Leur grève courageuse et illégale a électrisé le mouvement syndical et a rapproché l’Ontario d’une grève générale comme jamais auparavant de ma vie.
À maintes reprises, nous avons vu des politiciens libéraux et conservateurs tenter de réduire les droits des travailleurs et les acquis durement obtenus en matière de négociation collective d’un simple trait de plume législatif. C’est pourquoi nous avons également fait du SCFP Ontario une force électorale sérieuse. De plus en plus de dirigeants locaux, de militants et de membres de la base se sont engagés dans des campagnes pour élire des candidats qui partagent nos valeurs. Nous sommes une force reconnue dans toute la province lors des élections municipales, les conseillers municipaux contactant directement notre syndicat pour obtenir le soutien qu’ils jugent important pour leur succès, et certainement aux niveaux provincial et fédéral où notre parti, le Nouveau Parti démocratique, a reconnu à plusieurs reprises que les membres qu’ils voient le plus souvent dans toutes les campagnes électorales, grandes ou petites, sont les membres du SCFP Ontario !
Notre vision a toujours dépassé le cadre de nos lieux de travail et de l’Ontario. En 2006, le SCFP Ontario est devenu le premier syndicat en Amérique du Nord à répondre à l’appel des syndicats palestiniens en soutenant le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) contre l’État d’Israël pour ses violations des droits de la personne.
Je suis profondément reconnaissant envers les militants qui m’ont sensibilisé, ainsi que notre syndicat, à l’apartheid israélien et à la lutte des Palestiniens pour leur libération, tout comme je suis reconnaissant envers ceux qui m’ont mis en contact avec des syndicalistes qui résistent à la répression en Iran, luttent pour la justice minière en Amérique centrale et en Amérique du Sud et défendent les services publics aux Philippines. Tout au long de ce travail avec nos camarades syndicalistes du monde entier, je me suis rappelé que la lutte pour les droits des travailleurs se mène souvent dans des conditions extrêmement dangereuses, voire sous la menace de mort.
Notre soutien continu au BDS, réaffirmé depuis des décennies, s’est avéré être du bon côté de l’histoire alors que nous assistons au génocide à Gaza et à l’intensification de la colonisation en Cisjordanie. Il reflète une compréhension profonde au sein du SCFP Ontario qu’une atteinte à l’un est une atteinte à tous – et que la solidarité doit être internationale.
Nous avons également appris que la lutte pour la justice exige une responsabilisation au sein de notre propre syndicat. Au cours des 20 dernières années, j’ai eu le privilège d’écouter des membres méritant l’équité, en particulier des travailleurs autochtones, Noirs et racialisés, partager leurs expériences. Pendant mon mandat de président, le SCFP Ontario a été la première partie de notre syndicat à élargir notre leadership afin d’assurer une représentation complète de toutes les communautés méritant l’équité, ainsi que la représentation des travailleurs du Nord, des retraités et des francophones. J’ai présidé le congrès où des travailleurs Noirs et racialisés ont interrompu les débats pour raconter des histoires profondément personnelles et nous demander à juste titre de rendre des comptes sur le racisme interne au sein de notre syndicat. Cela a conduit les délégués à adopter à l’unanimité le tout premier plan d’action organisationnel contre le racisme dans l’ensemble du SCFP. Bien qu’il reste encore beaucoup à faire, ce travail a conduit à de nombreux changements positifs.
Ces dernières années, alors que les forces de droite ont pris pour cible les communautés musulmanes, migrantes et 2SLGBTQ, le SCFP Ontario s’est mobilisé sur le terrain, dans les rues et en signe de solidarité. Nous nous sommes opposés à l’islamophobie à Peel, aux attaques xénophobes contre les travailleurs migrants et les étudiants internationaux, et à la montée de la haine anti-trans. La solidarité n’est pas symbolique ; elle est physique et collective.
C’est ce type de syndicalisme qui effraie ceux qui détiennent le pouvoir. On nous qualifie de « radicaux », « intransigeants », « socialistes », voire « communistes ». On nous dit de rester à notre place, comme si la vie des travailleurs n’était pas façonnée par les mêmes forces d’exploitation, de colonialisme et d’inégalité auxquelles nous sommes confrontés chaque jour.
Ce que ceux qui détiennent le pouvoir ne comprendront jamais, c’est que ces tentatives de dénigrement de notre syndicat sont pour moi, ainsi que pour de nombreux dirigeants et militants de notre syndicat, une source de fierté. À l’instar de la communauté 2SLGBTQ qui s’approprie le langage autrefois utilisé contre elle, le SCFP Ontario doit toujours être fier de susciter la colère de ceux qui propagent la haine. Le fait que nous soyons une épine dans le pied de ceux qui privilégient le profit au détriment des personnes, qui utilisent leurs privilèges pour accumuler des richesses ou qui exercent leur pouvoir pour punir les autres simplement en raison de leur identité, est un honneur et un héritage de mon passage au SCFP Ontario que je porterai toujours avec fierté.
C’est ce que nous sommes. Nous luttons pour la liberté de négociation collective. Nous luttons pour aller de l’avant, à la table des négociations, dans la rue et à l’Assemblée législative. Nous pratiquons un syndicalisme social fondé sur la justice, la solidarité et l’internationalisme. Nous nous opposons fermement à toutes les formes d’intimidation, et le monde a plus que jamais besoin de cette force.
Avoir occupé un poste de dirigeant au SCFP Ontario pendant les 20 dernières années a été l’un des plus grands honneurs de ma vie. Cela a été exigeant, joyeux, épuisant et profondément significatif. Merci pour votre confiance, votre solidarité et votre croyance inébranlable dans le pouvoir collectif.
Après deux décennies – et en tant que dirigeant ayant exercé le plus longtemps à l’échelle provinciale ou nationale dans l’histoire de notre syndicat –, je sais que le moment est venu de renouveler nos forces.
C’est pourquoi je vous écris pour vous informer que je ne me représenterai pas à la présidence lors du congrès du SCFP Ontario en mai prochain.
Si tous les syndicalistes ont commencé leur carrière en se rebellant contre un tyran, tous les dirigeants syndicaux devraient avoir la conviction que la décision des membres est toujours la bonne. Au cours de ces vingt années, ma confiance en vous n’a jamais faibli et je n’ai jamais été déçu.
Ce syndicat n’a jamais appartenu à une seule personne. Sa force a toujours provenu du courage, de la lucidité et de la détermination de ses membres. Il est temps pour vous tous de choisir la prochaine génération de dirigeants qui relèvera les défis auxquels nos membres continuent de faire face. Ce choix est important, mes amis, et je sais qu’en le faisant, vous ne renoncerez jamais à la force militante que nous avons construite, vous ne céderez jamais dans notre lutte pour la justice ici et dans le monde entier.
Les gouvernements continueront de mettre nos droits à l’épreuve. Les employeurs continueront d’exiger des concessions. Les puissants intérêts continueront d’essayer de diviser les travailleurs les uns des autres. Mais le SCFP Ontario n’a jamais reculé devant ces combats, et je sais qu’il ne commencera pas maintenant. Ce que nous avons construit ensemble est solide, durable et ancré dans l’action collective.
Mon mandat de président touche à sa fin, mais mon engagement envers ce syndicat reste intact. Je continuerai à vous soutenir, dans la solidarité, dans la lutte et dans l’espoir, comme je l’ai toujours fait.
Merci de la confiance que vous m’avez accordée. Merci pour le travail que nous avons accompli ensemble. Et merci de continuer à bâtir un syndicat qui affronte cette période avec courage et conviction.
Quel que soit mon titre, je suis avec vous.
Le rose du SCFP coule dans mes veines.
Solidarité pour toujours, camarades, avec gratitude et respect.